
(ou Supplique pour que mon amour soit enterré aux côtés de Mr Peppercorn)
'Each moment spent to read you is one moment that I believe to pass with you.........I am held in thoughts, which are hold by until your next writings...'
Ces mots, que j'ai écris quelque part fin 2003 dans un anglais très probablement approximatif, ont scellé à jamais l'amour alors naissant que j'ai éprouvé jusqu'à ce jour pour Shane... jusqu'à ce que la vie me rappelle combien elle est trop souvent cette salope très laide cachée sous des apparences de femme bien sous tous rapports (y compris sous des traits personnifiés)... je devrais pourtant le savoir depuis le temps! Cette idée ne m'a pourtant jamais quittée auparavant, je suis toujours restée sur mes gardes, je me suis souvent méfiée même des plus proches, même des plus aimants, jusqu'à ce que Shane me montre que cette pute-là qu'on nomme la vie peut aussi être belle, qu'elle peut parfois se défaire de ses maquillages à la truelle, quitter ses bas résille façon grillage d'aéroport, et laisser entrer dans la réalité ce que seuls nos rêves les plus secrets nous permettent d'atteindre ou bien même simplement d'entrevoir. J'ai vécu un beau morceau de vie pas trop dégueulasse pendant presque six ans – et peut-être devrais-je être plus reconnaissante pour l'avoir vécu qu'aigrie de l'avoir perdu. A l'heure où je vous parle, Shane a quitté Lyondon à la conquête d'une autre terre promise, où l'y attend une nouvelle princesse, plus jeune, pas forcément plus fraiche, mais qui a su – semble-t-il – lui faire croire à une nouvelle mise en réalité du rêve que nous avons initiée ensemble il y a maintenant presque six ans...
Jusqu'à sa rencontre, l'amour n'avait jamais vraiment eu pour moi aucune espèce de forme, de visage, de réalité... ailleurs que dans mes rêves. J'ai souvent fantasmées mes relations, je les ai plus souvent rêvées que vécues pleinement. On imagine facilement ce que cela peut donner... Chaque rupture me faisait réaliser combien je ne connaissais pas mes amants, combien je ne faisais que transposer sur eux l'image d'un amour idéal. Je souffrais de cette lacune, de l'impossibilité dans laquelle je me trouvais de vivre une relation ancrée dans le réel, dans l'«ici et maintenant», mais je crois au fond – et avec le recul - que j'avais fini par me faire une raison, par croire finalement que l'amour ne pouvait être qu'une abstraction, qu'un joli rêve à moitié partagé, et que chacun se construisait de son côté, à l'abri des velléités de l'autre...
Quelque chose m'avait toujours manqué avant Shane ; plus d'une chose d'ailleurs, mais cette chose essentielle et particulière qu'est la confiance est ce que je n'ai jamais su accorder à quiconque. La faute à qui? A la vie certainement, qui m'a vue plus d'une fois ne devoir m'en remettre qu'à moi-même, ou presque. Seulement, en quelques mots, puis en quelques gestes et à travers quelques regards, Shane a personnifié l'amour, le vrai, celui qu'on reconnaît sans signe préalable ; nous ne nous sommes pas connus, nous nous sommes reconnus, et nous nous sommes avoués cette reconnaissance sans aucune crainte, dès ses premiers signes. Il devint celui sur lequel je pourrais toujours compter, celui pour qui je serais toujours prête à donner plus que moi-même pour autant que cela me soit possible... Shane est devenu l'Amour, il est devenu cette moitié de moi-même qu'il me manquait pour constituer cet être complet, un de ces êtres d'avant la chute, d'avant la séparation tel que l'évoquait si brillamment Platon dans Le Banquet.
Mon anglais n'était pas exceptionnel, son français inexistant, mais nous échangions dès les prémisses de notre relation à travers un langage qui nous était propre. Dès nos premiers échanges, sur le forum du site des Tindersticks (notre groupe préféré à tous les deux à ce moment-là, et que je venais tout juste de voir en concert), quelque chose s'est produit, quelque chose d'inexplicable, d'impalpable, quelque chose de magique. Je ne pouvais alors me douter qu'une telle chose puisse arriver, que la magie pouvait avoir une réalité – et sous une si belle forme - car je n'y avais jamais cru auparavant... Je pensais que ce que l'on appelle magie n'était qu'un trucage bien fait, quelque chose que l'on apprend, qu'il n'existe pas de don ni de prédisposition et qu'il ne peut s'agir que d'un long travail, d'un exercice contraignant et qu'en aucun cas elle ne peut surgir ex nihilo, d'entre les mots simples d'un être vivant à un millier de kilomètres de moi et parlant dans une autre langue. Ces mots, que je pensais uniques à nous et à la magie qui nous liait, me reviennent aujourd'hui en pleine figure comme un boomerang mal réceptionné. Ils font plus mal encore que trois coups de poing dans la gueule...
Mon être s'écroule aujourd'hui à la faveur de cette putain qui a éloigné de moi le seul être capable de chasser mes mauvais rêves, de soigner mes profondes blessures, de me rassurer et de me permettre de croire que rien de grave ne peut plus arriver. A ses côtés, je me sentais en vie, en sécurité, entière. Je suis maintenant à nouveau divisée, perdue, et je comprends combien il va m'être difficile de regagner une unité perdue, de vivre tout simplement sans lui... Avec Shane, et pour la première fois de ma vie, les rêves que je nourrissais seule, dans le petit coin de paradis que je m'étais inventée, faisaient enfin leur entrée dans la réalité, et ce en dépit de tout espoir nourri dans ce sens ; ils avaient soudainement un visage, avec de grands yeux bleus-gris virant parfois au vert, et j'avais peine à croire que mes rêves puissent trouver leur si parfait écho en un autre être à lui seul. Ce visage prit forme d'abord à travers des mots (malgré la mince barrière de la langue qui n'excluait cependant pas un langage partagé), d'où émana une complicité immédiate, rapidement confortée dans la réalité par des regards qui ne requéraient bientôt même plus d'expression verbale, à travers des gestes que chacun comprenait comme ceux d'un réel partage, d'une union unique des corps et des âmes. Shane m'était naturel en tous points, il était mon corps frère et mon âme sœur...
A l'époque de notre rencontre, la magie fit rapidement son œuvre et ce fut le début d'un échange passionné, fait de rencontres qu'aucune joie ne put jamais égaler et fait d'autant de séparations qui nous faisaient traîner avec nous un désespoir grandissant, une douce souffrance, un manque que rien sinon l'autre ne pouvait apaiser, par ses mots, par ces petites attentions quotidiennes que nous nous prodiguions malgré la distance. Il nous était devenu très vite insupportable de vivre l'un sans l'autre, et nous primes la décision toute naturelle, après six mois de relation distante, de vivre enfin ensemble, «for good, for always». Au cours des six mois de relative séparation, je lui rendais visite une fois par mois à Londres, durant environ quatre ou cinq jours de suite selon les congés qui m'étaient accordés. Je ne comprenais pas pourquoi lui ne faisait jamais le trajet, mais par la confiance que je lui accordais, je savais me contenter des raisons qu'il me donnait ; il avait un poste à responsabilités et ne pouvait pas prendre autant de congés qu'il le souhaitait, même si, lors de mes séjours à Londres, je constatais qu'il ne passait pas beaucoup de temps au bureau. Une autre raison, cependant, le retenait dans sa ville, quelque chose que je ne soupçonnais pas et qu'il parvenait plutôt bien à cacher, malgré quelques signes d'étrangeté auxquels je ne demeurais pas complètement indifférente – si j'y avais été sensible, plus attentive que j'étais aux signes de l'amour qu'à ceux d'une réalité moins glamour – et qu'il lui était quasiment impossible de m'avouer, craignant que cet aveu ne soit assez fort pour m'éloigner de lui pour de bon.
Shane voulait venir vivre en France – il me l'apprit dès que la question du lieu de vie commune se posa - et, mon contrat se terminant, nous avions décidé que je le rejoindrais d'abord à Londres pour y passer l'été puis que nous rentrerions ensemble en France pour nous y installer une fois sa démission posée. J'étais prête moi aussi à faire le pas et partir vivre à Londres s'il me l'avait demandé, mais c'était sans compter sur l'affreuse réalité que cela aurait impliqué et que j'entrevis bien suffisamment pendant les mois que j'y passai. Car en effet, une fois mon avion retenu et un nouvel appartement loué en vue de notre «retour» de Londres, je reçus un étrange appel de Shane, un appel qui prit presque une semaine entière à dénouer... Une semaine d'une atroce douleur pour moi, exactement dix jours avant mon départ (il tenait absolument à me faire dire que j'avais picolé un certain soir où nous parlâmes au téléphone, ce qui était complètement faux. Pourquoi devoir avouer quelque chose qui n'était pas vrai? Et surtout pourquoi une telle insistance de sa part? Je savais qu'il n'aimait pas les filles qui boivent, et n'étant pas moi-même une très grosse buveuse, quel intérêt aurais-je eu à lui dire le contraire?)... Je ne le reconnaissais plus, je ne le comprenais plus, je pensais qu'il ne m'aimait plus, qu'il n'assumait plus la passion qui nous liait, qu'il souhaitait rompre sans savoir comment s'y prendre et qu'il avait trouvé une raison bidon pour que je finisse par le détester et ainsi me laisser la lourde tâche de le quitter moi-même... La vérité était toute autre, mais à défaut de me la donner, il préférait me laisser rompre pour une fausse raison, m'ayant eue à l'usure, plutôt que d'avouer son problème. Au bout d'une semaine de coups de fils quotidiens et insensés, je craquai et lui annonçai que je ne pouvais plus rien pour lui faire entendre raison (si ce n'était au prix de ma propre santé mentale), et c'est alors qu'il osa enfin faire l'aveu de ce qui le faisait se comporter de façon si grotesque...
C'est donc à quelques jours de mon départ pour construire notre vie à deux qu'il m'apprit qu'il avait un problème avec l'héroïne, un problème sérieux qui le maintenait à Londres, une véritable addiction... Il connaissait les problèmes que mon frère avait connu avec cette drogue et la souffrance que ceux-ci m'avaient occasionnée, bien que je n'avais jamais été témoin de quoi que ce soit. Il m'annonça ainsi au cours du même appel, des sanglots dans la voix, qu'il alimentait sa dépendance par la seringue. Le coup fût dur pour moi, mais cette semaine de souffrance prenait fin et une explication, même celle-ci, s'avéra finalement préférable au silence et au non sens des derniers jours... Cela venait même expliquer les questionnements qui survenaient parfois quand, au cours de mes séjours londoniens, je le voyais passer des heures dans la salle de bains et en revenir tout engourdi de la tête aux pieds et pas plus propre pour autant, ou lorsque je lui demandais d'où venaient les marques qui couvraient son corps (à l'époque, il avait assez habilement tenté de les faire passer pour une maladie infantile très mal cicatrisée...). J'aurais pu ne pas croire à toutes les histoires qu'il inventait pour couvrir son addiction, mais quand les sentiments sont aussi fort, comment conserver sa pleine lucidité? J'avais passé la semaine à pleurer au téléphone, face à un Shane froid et distant, un Shane que je ne connaissais pas... Mes paroles qui ponctuèrent son aveu devinrent des paroles de réconfort et de conviction que rien ne pourrait nous séparer, et mes larmes d'alors étaient devenues en quelque sorte des larmes de soulagement, celles que l'on verserait quand les pièces d'un puzzle douloureusement impossible à constituer s'imbriquent soudainement toutes ensemble comme par magie... Je tenais à ce qu'il sache que je serais assez forte pour le soutenir dans sa volonté d'en finir avec l'héroïne. Je serais la plus forte du monde pour lui, pour nous. J'y croyais plus que tout. Peut-être étais-je la seule à y croire autant, peut-être que ses sanglots n'étaient finalement que la marque de son désespoir face à une lutte qu'il savait perdue d'avance ; mais sur le moment, tout valait mieux que la semaine qui venait de s'écouler...
Dès le lendemain, l'ironie vint se mêler au sort déjà peu envieux qu'était le mien. Mon père et mon frère étaient venus m'aider à emménager dans le petit nid que je prévoyais pour notre retour de Londres. J'avais proposé à Tom de rester le soir-même dormir à l 'appartement. Je souhaitais en réalité lui parler de l'addiction de Shane pour recevoir ses conseils quant à la manière de gérer ce passage de notre vie. Je savais que Tom était passé par là, que tout cela était désormais derrière lui, et qu'il saurait me donner quelques clés d'appréhension afin d'aider Shane au mieux dans cette épreuve, sans devenir pour autant moi-même un poids supplémentaire. Mais aux premières paroles que j'émis à ce sujet, Tom me stoppa et m'annonça que lui non plus n'en avait pas fini avec la question... Double coup dans la gueule! Mon petit frère n'était pas encore sorti de son enfer que je partais trois jours plus tard pour l'enfer d'un autre (l'addiction de Shane devint finalement pour lui une aubaine et il profita de mes questions pour parler de lui ; il ne dépeignit pas une épreuve insurmontable et m'avoua vouloir entrer dans un programme de substitution dès le lendemain, ce qui d'une certaine façon me rassura à l'égard du problème de Shane), je m'en allais pour rejoindre l'enfer de celui pour qui je pouvais tout donner, tout abandonner, pour celui pour qui je pensais être assez forte pour deux, car jamais Shane ne me demanda de me contenter d'accepter son état. Il semblait authentiquement vouloir s'en sortir. L'échec qui s'ensuivit, je le portai longtemps comme ma croix... Je la porte aujourd'hui encore quand je lis qu'il écrit à une autre qu'il peut se passer d'héroïne quand il est avec elle... Il n'y parvint pas avec moi. Malgré ses mensonges dernièrement, malgré son amour pour une autre, je ne peux que lui souhaiter tout le bonheur du monde... Je me suis toujours, malgré certaines résistances, sentie prête à tous les sacrifices pour lui. L'ultime est là, devant moi... La réalité s'est imposée à mes yeux, à mes corps et âme défendant. Il tente de revivre notre magie avec une autre, avec les mêmes mots, les mêmes promesses, les mêmes espoirs... Où croit-il vraiment aller?
Notre magie à nous, telle que nous la vivions, s'accommodait de tout et de rien, tant que nous étions ensemble. Nous faisions en quelque sorte, comme le préconisait Michel Foucault, «de notre vie une œuvre d'art»... C'est en tout cas de cette façon que je vivais notre relation. Nous cultivions les mêmes goûts artistiques, je lui fis découvrir la peinture de Francis Bacon (et la pratique de la peinture dans laquelle il a très vite excellé) et les écrits de Foucault, tous deux si chers à mon univers intérieur. Il me fit connaître des tas de groupes anglais que je ne connaissais pas, et qu'il m'est aujourd'hui – quelle surprise! - impossible d'écouter à nouveau... Mais notre vie ne prenait exemple sur rien d'autre que sur elle-même (même si on ne se défait jamais d'influences extérieures)... Nous nous créions à chaque instant, chaque moment partagé était propice à l'expression d'une nouvelle facette de notre amour.
Je me souviens de notre premier baiser comme si c'était hier, sur le quai d'un métro, lorsque je le rejoignis à Londres pour la première fois. Nous marchions l'un à côté de l'autre depuis la station de King's Cross... Nous avions pris un café dans un petit pub, tout proche de la gare. Nous nous observions l'un l'autre à la fois pleins de désir et de pudeur. Nous ne pouvions nous empêcher de sourire presque maladroitement l'un à l'autre, si heureux que nous étions de nous retrouver, et il ne fallut pas longtemps pour que nous nous sentîmes à l'aise en la présence de l'autre. Shane portait ma valise. Dans la station, nous attendions le métro ; il faisait très froid. J'avais voulu me faire jolie pour lui, je portais une jupe avec une sorte de redingote ajustée, plutôt mal adaptée à l'hiver londonien. La rudesse du temps me faisait trembler et je me blottis soudainement et très naturellement dans ses bras. Il était grand, il me protégeait si bien. Mon visage se leva vers lui et je le cachai dans son cou, tout contre son écharpe... Je l'embrassai dans le cou puis remontai peu à peu contre sa joue... Tout à coup, plus rien n'existait alentour, et nous nous retrouvâmes sur ce quai à échanger quelques baisers qui nous firent frémir plus que le froid ne pouvait le faire... J'avais hâte que le métro arrive et que nous rejoignîmes la chaleur du cocon que Shane nous avait préparé.
Lui étant plus grand que moi, nous avions pris l'habitude de nous positionner sur les marches des escalators, moi sur la plus haute, lui sur la marche juste en dessous... Je lui tenais la tête entre mes deux mains et lui embrassais le front tendrement... C'en était presque devenu un jeu... Aucun escalator n'y échappait... C'était une façon de se déplacer que nous avions mis à profit pour exprimer encore un peu plus la tendresse que nous avions l'un pour l'autre. Nous nous adaptions à toutes les situations, à toutes les configurations de l'espace, rien ne paraissait être un obstacle à notre amour... Nous nous adaptions toujours à tout, partout... Et nous étions si fiers de nous donner la main dans la rue, de montrer à qui voulait bien nous regarder combien nous étions plus forts et plus beaux ensemble! Je l'ai toujours été, j'ai toujours été fière de marcher à côté de Shane, et le temps n'a jamais éteint chez moi cette fierté que fut celle de m'accrocher à son bras lorsque nous nous baladions ensemble, même si le but de la marche n'eût été que de nous rendre au supermarché du coin...
Je me souviens de quasiment chaque mot, chaque moment qui a constitué notre magie... nous nous regardions, assis sur un banc, dans la froideur de Londres en plein hiver, un café et une cigarette à la main, puis nous nous jetions dans les bras l'un de l'autre, dans un bien-être jamais ressenti avant. Il cachait son nez dans mes cheveux longs et me disait combien ils sentaient bon et combien il m'aimait... Il me disait : «I love you, for good, for always, I love you for ever! Ever! EVER!!!!» Nous reprenions le «Ever» à l'unisson, avec nos deux voix haut perchées et terminions notre promesse dans un grand éclat de rire... Ces moments sont parmi les plus heureux de ma vie... Je souffre tellement qu'ils aient pris fin, que le rêve devenu réalité se soit effondré sous des couvertures cauchemardesques. La ville imaginaire de Lyondon, que Shane avait bâti avec moi de toute la force de son amour, est tombée en ruines, me laissant pour morte sous les décombres de ses pierres massives. J'ai bien peur que Mr Peppercorn, ce petit pigeon (qu'il avait ainsi surnommé en raison des petites tâches noires qui parsemaient ses plumes) qui avait un jour échoué dans le bureau de Shane et dont il prit soin quelques jours durant jusqu'à ce qu'il recouvre la santé, n'ait pas non plus survécu à l'effondrement. Notre ville magique est désormais une ville morte. J'avais mis entre les mains de Shane toute la confiance que le monde peut contenir ; il a su me faire croire en lui comme personne, et semblait accorder une importance particulière à l'idée de loyauté, par laquelle il tenait tant à se définir avant tout. J'ai cru en lui jusqu'au bout, de sa supposée loyauté envers moi jusqu'à son art (qu'il s'agisse de peinture ou d'écriture, il est objectivement talentueux)... Je crois toujours en son talent, quoiqu'il soit advenu de nous. Ce qui fait mal, c'est qu'il m'a toujours exprimé la répulsion qu'il ressentait à l'idée de toucher une autre femme que moi... Et aujourd'hui c'est dans les cheveux noirs d'une autre qu'il murmure des promesses d'éternité...
En plus de la perte de son amour, j'ai le sentiment que quelqu'un d'autre va injustement récolter les fruits des efforts que nous avons fournis ensemble, tous les deux, pour faire en sorte que la vie nous soit plus douce. Aujourd'hui, Shane est en contact sérieux avec un agent littéraire qui montre un vif intérêt pour son travail ; son écriture prend un sens particulier maintenant et tout cela va se vivre sans moi... Cela faisait presque six années que nous souhaitions voir nos pratiques artistiques prendre sens (même si je dois reconnaître que nous n'avons pas donné tout ce que nous pouvions pour promouvoir nos travaux, mais les circonstances dans lesquelles nous vivions n'étaient pas toujours les meilleures et sachant cela maintenant, il y a bien des choses que j'aurais faites autrement ; mais de toute évidence le temps n'est déjà plus aux regrets!). Je lui souhaite tout de même de réussir, car son talent le mérite, mais je conserve un goût amer. Ces derniers mois, il me reprochait mon manque d'enthousiasme à l'égard des succès qu'il accumulait grâce à son écriture. Contrairement à ce qu'il croit, ce n'est pas d'enthousiasme dont je manquais, mais de lui. Shane me manquait. Il passait tout son temps sur son blog, mais je sentais – je le connais mieux que quiconque – que quelque chose d'autre se tramait dans mon dos, sans vraiment savoir quoi, ce qui ne pouvait manquer d'assombrir mon enthousiasme... Je le sentais s'éloigner, se réfugier plus et plus encore dans une écriture qui n'était plus à elle-seule sa motivation. Son blog lui apportait autre chose que de simples critiques d'internautes ou des contacts littéraires... Lorsqu'il m'apprît qu'un agent littéraire s'intéressait à lui, je savais déjà qu'il n'était pas le seul. Je pense qu'il s'est laissé griser par son propre succès, et que l'intérêt d'une jeune femme pas trop laide, pas trop bête et qui lui a fait gonfler l'ego comme un ballon de baudruche, a été suffisant pour réveiller chez lui les rêves qu'il avait partagés avec moi mais qui s'étaient quelque peu assoupis sous l'effet d'un quotidien quelque peu sédatif, allié à une addiction qui ne se gérait pas toujours pour le mieux. Je crois surtout qu'il souhaitait ne trouver dès lors plus aucune forme d'enthousiasme chez moi, car cela le rendrait certainement plus «légitime» dans sa relation avec une autre qui, elle, montrerait nécessairement toujours plus d'intérêt à son travail que je n'aurais de toute façon été capable de le faire à ses yeux, car ce n'était déjà plus ce qu'il voulait. Shane n'est pas quelqu'un de très courageux dès qu'il s'agit d'assumer une situation gênante... et il rendra toujours l'autre responsable de ce qui (lui) arrive, quand bien même les évidences parlent d'elles-mêmes.
Je me souviens avec un peu de peine (presque autant pour lui maintenant que pour moi) de la déclaration qu'il me fit pour implicitement préparer et légitimer le fait qu'il aille en sauter une autre deux semaines plus tard... Il m'avait dit s'être (subitement?) rendu compte que ma vision de l'amour était trop étriquée selon lui, et avait admis l'idée que je puisse aller voir ce qu'il se passe sous d'autres cieux (pour ne pas dire sous d'autres caleçons)... Il va de soi que cette «autorisation» ne m'était pas véritablement destinée, mais qu'elle la lui était en revanche. Il lui fallait partir sauter sa poule l'esprit en paix, et en m'autorisant à aller voir d'autres hommes, il s'autorisait de fait à faire ce qu'il voulait de son côté. Il n'a pas l'air de se rendre compte, mais je le connais tellement bien! Je connais Shane comme si je l'avais fait moi-même. Qu'il ne s'inquiète pas de l'autorisation qu'il m'a donnée ; je n'en ai certainement pas usé autant que lui pendant ce qui était considéré comme un «break» entre nous (qui pour moi ne signifie pas «rupture», même s'il en prend le plus souvent le chemin), tandis que lui a profité de l'ambiguïté de la situation pour sauter la première poulette venue qui avait la langue suffisamment bien pendue à son goût et à son sujet... mais je ne manquerai pas de rattraper le temps perdu si cela l'inquiète. Le cœur ne marchera peut-être plus aussi bien que jusqu'ici, mais le corps tient encore largement la route, il a des besoins que j'ai longtemps mis en sourdine, et ce ne sont pas les occasions qui manqueront. Une copine m'a dit hier que les mecs ne respectaient que les salopes qui les font marcher à la baguette. Si cela est vrai, c'est triste... Heureusement que je ne crois pas à ces conneries!
Comme Shane me l'a dit tout récemment, les choses sont bien différentes dans la réalité ; et il a de toute évidence raison! Quand il a rencontré cette fille dans la «vraie vie», après s'être bien assuré de sa légitimité en m'autorisant à aller baiser ailleurs, il m'a dit qu'en dépit des photos qu'il avait vues d'elle, il ne l'aurait pas reconnue s'ils n'avaient pas eu rendez-vous, et que s'il l'avait croisée dans la rue, il ne l'aurait certainement jamais remarquée. Je ne sais toujours pas pourquoi il a éprouvé le besoin de me raconter ça... Ayant son numéro de téléphone et son adresse email, je pourrais très bien lui rapporter ça si je le voulais... Peut-être son manque de courage lui a-t-il dicté de faire passer le message par moi? Lui et moi, ce fut évident dès les tous premiers instants (il me trouvait même plus jolie qu'en photo), mais ce ne peut évidemment pas être le cas avec tout le monde, quoiqu'on puisse se raconter sur la toile... Toujours est-il qu'il paraissait déçu par la réalité de cette rencontre. Mais on ne peut pas reproduire avec une personne ce que l'on a déjà vécu une fois avec une autre, les choses sont forcément différentes... Il m'a avoué avoir voulu retrouver la magie qu'avait été la nôtre... Quelle erreur! Pense-t-il maintenant que notre rupture en valait la chandelle?
Tout dernièrement, il m'a demandé si, éventuellement, un jour, je pourrais oublier ce qu'il s'est passé et tenter à nouveau quelque chose ensemble... Dans quel but? Après l'accumulation de mensonges, empilés les uns sur les autres comme un château de cartes, et allant croissant dans l'horreur des découvertes, est-il encore possible de faire confiance? La confiance est quelque chose qu'il est très facile de perdre, mais très difficile à (re)gagner... Je jetterais ma vie à ses pieds s'il était encore possible d'avoir confiance, mais ces choses-là se décident-elles aussi facilement que de se remettre ensemble?
De nombreuses choses, après les avoir découvertes malgré lui, me surprennent encore dans cette relation... Il a toujours détesté les filles qui boivent car cela lui rappelle par trop l'alcoolisme de sa mère. Cette fille pour laquelle il m'a quittée semble boire beaucoup, de son propre aveu. Lorsque je lui fis cette réflexion l'autre jour, la seule chose qu'il fut capable de me dire est que je le connaissais mieux que quiconque. Merci de le reconnaître, mon Amour perdu...
Est-ce peut-être par habitude, mais Shane m'appelle toujours «my Love»... J'ignore s'il s'en rend compte, s'il pense encore ces mots-là ou si l'habitude de m'appeler ainsi est plus forte que la séparation...
«For good, for always, Shane...»



22 comments:
J'ai connu cette sensation, comme beaucoup, et peut-être le vivrai-je à nouveau, perdrai ce bonheur que je vis actuellement jour après jour, auprès de celle que j'aime; aucun de nous n'est à l'abri, ni de cela, ni de perdre son toit, sa santé, etc...
mais comme le chante Balavoine, "toute la misère du monde n'est rien à côté d'un adieu".
Je crois que comme tu le cites dans ton texte (magnifique, comme d'habitude), il faut garder dans un coin de sa mémoire tout ce qui a été bon, car cela a vraiment existé, et ce n'est pas nécessaire de le rejeter avec tout le reste, bien au contraire.
Je te souhaite de retrouver le bonheur.
Un conseil, cependant, si je puis : le bonheur ne dépend que de l'intérieur de soi, c'est un état qu'on choisit, et il conditionne l'extérieur.
Je sais, c'est facile à dire, et il m'a fallu bien du temps pour l'appréhender, ceci dit...
Courage, prends soin de toi.
Hello Marie..
je viens de lire plusieurs fois ton texte et j'en suis retourné, tant par ce que tu écris, et qui est propre à ton histoire, mais aussi par les émotions qu'il véhicule refaisant réapparaître ces vieux fantômes que j'avais difficilement enterré dans mon cœur cimetière.
Ces séparations si particulières à chacun mais pourtant tellement universelles sont de terribles douleurs où trop souvent la victime et celle qui aimait vraiment.
Tu as raison la confiance est un animal très difficile à dompter, un trésor précieux qu'il est risqué de confier à l'autre et un joyau pour celui qui en reçoit l'offrande.
Malheureusement certaines personnes n'ont pas vraiment conscience de sa préciosité et finissent par oublier sa réelle valeur.
J'espère du fond du cœur que tu réussiras à sortir de cette situation sans que ton âme ne soit trop flétrie et qu'un jour où l'autre tu puisses retrouver tes rêves dans un autre regard qui saura ce que représente la chance d'être vraiment aimé par l'autre.
Prends bien soin de toi et surtout n'oublies pas que après chaque nuit, aussi douloureuse soit-elle, aussi immonde soit-elle, aussi froide et solitaire soit-elle, il y a toujours, toujours, une aube naissante.
A bientôt Marie, ici ou ailleurs...
Ton ami Juan.
Je n'ai pas de mot pour tout cela..juste que tu restes belle sertie de ta franchise et ton courage.
Une pièce de vie lancée.
Qui gagne la monnaie ?
Pile ou face ?
Difficile d'obtenir,
la tranche de vérité.
POISON-SOCIAL,
Merci à toi, mille fois, pour tes mots de réconfort. Tu ne sais pas à quel point ils comptent en ce moment!
Tu as raison, les sensations que je ressens actuellement ne sont pas «inédites», elles ont déjà été des milliards de fois ressenties et le seront encore... Elles le sont chaque jour et aux quatre coins du monde... Mais c'est étrange comme on croit sa propre douleur inégalée, voire inégalable, tant elle est puissante et paraît tout bouleverser pour soi-même!
J'en profite pour te souhaiter de vivre ton bonheur actuel le plus longtemps et le mieux possible et – puisque c'est finalement quelque chose qui est parfois dû à un équilibre fragile – de profiter de chaque instant en temps que moment rare et précieux. Car on ne se rend parfois compte de cela qu'une fois qu'on l'a perdu... «Ah! Ben merde alors, finalement j'étais heureuse!» ;)
C'est vrai, j'ai envie de ne retenir que le meilleur de ma relation avec Shane, même si ce n'est pas très évident actuellement. Il planifie apparemment de partir vivre en Allemagne (je viens de l'apprendre). Peut-être que la distance m'aidera à oublier... C'est peut-être mieux ainsi.
Merci en tout cas pour le compliment au sujet de l'écriture ; c'est toujours quelque chose que j'apprécie!
Merci aussi pour tes souhaits concernant mon avenir. Je compte bien relever la tête tout à fait (certaines circonstances - qui pourraient tout à fait se reconnaître ici si elles viennent lire ce commentaire ^^ - m'aident beaucoup dans ce sens actuellement ; ce n'est qu'un début seulement mais elles m'apportent déjà beaucoup, ne serait-ce que du point de vue de l'estime de soi). Dans ces affaires-là, finalement, le temps fera bien son œuvre! Et il est tout à fait juste – comme tu le dis si bien toi-même – que ce n'est qu'en soi-même que l'on doit rechercher le bonheur. C'est en tout cas une réflexion aussi sage (au sens noble du terme) que vraie! J'en ai pleinement conscience et c'est ainsi que j'ai mené ma barque jusqu'ici, de manière générale, mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal!
Seulement, quand on a construit un bonheur à deux et que la rupture est lourde et aussi douloureuse, il est difficile d'entrevoir que l'on peut être tout aussi heureux par et pour soi-même uniquement. Je sais que cela reviendra, j'ai toujours vécu ainsi auparavant, je suis donc consciente d'en être capable...
En tout cas, c'est promis, je prendrai soin de moi! J'avais envie d'aller voir un psy, mais je vais peut-être finalement me contenter de mon blog! :)
A très bientôt et encore merci pour tes paroles réconfortantes,
Marie
Hello mon cher ami Juan,
Très heureuse que tu viennes apporter ton commentaire sur ce texte... Je n'en attendais pas moins de ta part! ^^
Tout d'abord, je regrette que mon texte ait réveillé chez toi des douleurs enfouies. J'avais effectivement cru comprendre à travers ton écriture que tu étais passé par là (mais finalement, qui n'a pas connu cela?)... En tout cas, j'espère que le réveil n'a pas été trop vif, ni trop long, et que tes vieux fantômes sont repartis se coucher, les vilains!!! Il est vrai qu'au-delà de la particularité de chaque histoire, il y a l'universalité des émotions... Et là, on se rend compte qu'il en ressort un paquet d'éclopés!
Merci aussi pour tes paroles de réconfort. Tu n'imagines pas à quel point elles sont précieuses en ce moment. Quand tout paraît foirer, quelques mots d'encouragement valent tout l'or du monde... Merci à toi.
Il est vrai, comme tu le dis, que celui qui reste sur le côté de la route, celui qui a aimé et qui continue d'aimer malgré la rupture (ou qui a aimé davantage tout au long de la relation) est celui qui souffre le plus. J'ai été à plusieurs reprises stupéfaite par l'incompréhension que suscitent mes larmes et mes vacarmes sourds chez Shane... On dirait presque qu'on a jamais rien vécu ensemble, rien partagé de fort... et ce constat fait énormément de dégât pour le cœur!!! Mais la vérité, c'est que lui est déjà reparti, il trace déjà sa route ailleurs et avance à vive allure dans une direction que je connais pas... Alors, au fond, comment comprendre celui qui est resté scotché au platane? Je ne comprends pas son indifférence, et en même je me dis que – imaginant mon état d'esprit quand je l'avais rencontré – j'ai peut-être moi aussi, à l'époque, ignoré celui qui avait mal tout près de moi, plongée que j'étais dans un bonheur qui m'aurait caché même le platane le plus ensanglanté...
Quant à la confiance, c'est un vaste sujet... Comme j'en parle dans mon texte, c'est un petit animal fragile – pour reprendre ton image que je trouve jolie – que j'ai eu pendant très longtemps beaucoup de mal à confier... Et c'est quelque part un lourd fardeau que l'on porte, quand on ne peut jamais le confier à personne. Quel soulagement, quand j'ai rencontré Shane, de pouvoir lui donner ma confiance! J'avais l'impression que mes épaules pesaient moins lourd... En revanche, quand on récupère l'animal, engourdi et malade, un véritable poids mort, quelle charge énorme et surprenante on se prend dans la gueule!!!
En tout cas, merci pour tes encouragements, qui me touchent du fond du cœur. Je ne perds évidemment pas l'espoir que d'autres regards croiseront le mien et que de cet échange puisse naître à nouveau quelque chose de beau.
En ce qui concerne les aubes, je les vois certes naître chaque matin, mais elles sont pour l'instant presque plus froides que les nuits. J'attends impatiemment le retour du printemps!
A très vite, Juan, dans 10 minutes ou dans 10 nuits,
Ton amie Marie
Très chère Lilia,
Tes paroles me touchent, comme à leur habitude! Tu parles d'une certaine beauté, de celle de mon texte, par la franchise et le courage que j'y injecte (pour ne pas faire de mauvais jeu de mot!)... Merci à toi, d'autant qu'au sortir d'une rupture, avec 6 kilos en moins (le secret d'un régime expresse, les filles? Faites-vous larguer!!!), une tête de zombie, et un crâne en bois vermoulu par les mites de nos ressassements, on ne se sent généralement pas belle! Alors, tu as pour le moins su toucher ma sensibilité féminine avec des mots bien choisis, et ça fait un grand bien!!!
Merci à toi, Lilia, et à très bientôt !
Marie
Cher Fishturn,
Heureuse de te voir passer par ici nous faire dépôt d'un peu de poésie !
Je crois qu'on est deux responsables dans une relation. Quant à dire qui perd ou qui gagne véritablement au bout du compte, qui sait? Personne ne sait ce qui l'attend dans la demie-heure qui vient... Alors comment le savoir si l'on se projette sur un temps plus long avec tout autant d'inconnues dans l'équation?
La vie nous dira tout ça... ou pas!
Merci à toi et à bientôt !
Marie
Chère Marie,
Ce témoignage est remarquable à plusieurs titres. Premièrement vous ne vous encombrez pas d’un voile de pudibonderie pourtant de coutume quand on est dans la position défavorable du laissé-pour-compte. Deuxièmement vous préparez le matériau pour un palimpseste providentiel. C'est-à-dire qu’en écrivant tout ce qui ne ressemble pas à une consolation, vous décidez de percuter de plein fouet le réel, explosant en petits morceaux, ce qui vaut mieux qu’une retenue trompeuse qui ne mènerait qu’à l’entretien de l’aigreur et à la multiplication des accusations sans fondements objectifs. En cela, vos morceaux impliquent un réaménagement qui s’impose comme la réécriture ontologique de ce que vous pensiez avoir jusqu’à présent retenu de l’amour. Qu’on se le dise ouvertement : la conception de l’Aristophane de Platon est d’une poésie inconvenante quand on se pose la question d’un point de vue idéal. Mais à supposer que les moitiés doivent constituer l’étape nécessaire avant de progresser sur le chemin d’une gradation ontologique de l’Amour (une sorte de trajectoire « érotique » par conséquent toujours croissante), alors on peut admettre que vous avez franchi cette épreuve et que, de surcroît, vous en avez retiré des enseignements décisifs. Troisièmement, j’apprécie de lire que cette orientation platonicienne est prête à accepter plusieurs détours propres au bon exercice de la réfutation (elenchos), autrement dit je soutiens tout à fait qu’il faille désormais vous éclater à travers des jouissances variées avant que de reprendre le cours fastidieux et méthodique de votre honorable quête. Qui saisira cela dès le premier souffle aura le droit d’emprunter avec vous un manège sur lequel se trouvera un attelage ailé. En attendant, le vieil homme que je suis vous informe de sa voix fatiguée que ces choses, dans le fond, sont une chance de revivre.
Bien à vous,
K. Deveureux.
C'est une belle et douloureuse histoire, Marie.
La vie est souvent peu généreuse mais elle réserve malgré tout de belles surprises.
Je vous souhaite de tout coeur d'être parmi les prochains receveurs.
A bientôt
Tu t'étais abonnée à mon blog il y a longtemps mais j'ai déménagé^^
http://www.leblogdekleo.com
(toujours via blogspot)
La plus grande force de ton écriture Marie (si je peux toujours t'appeler ainsi...), c'est cet incroyable talent que tu as à nous faire imaginer une scène. Un peu comme du Hemingway, mais dans un style totalement différent. Il suffit de fermer les yeux pour nous retrouver plongé dans la profondeur de tes mots. Voir la scène se dérouler sous nos yeux comme si nous l'avions vécu tous ensemble.
J'arrête avec mon côté prof d'école commentant les cas d'école vu et revu...
Mais voilà, ton écriture mélangé à cette histoire, et tout de suite on se voit placé entre Shane et toi en train de de reprendre le "ever" d'un ton plus aiguë. D'imaginer cette conversation téléphonique et de la mélanger avec un morcellement de tous nos souvenirs similaires. Et c'est avec ce patchwork qui, en chacun de nous, trouve son sens, que l'on comprend mieux ton histoire.
J'espère un jour pouvoir comprendre ton histoire, un jour vivre la même chose que toi. Tu as été heureuse ... Je crois que même pendant cet ouragan de bonheur, tu étais consciente de ta chance.
Mais voilà, la terre tourne et la vie avance. Je ne suis pas en train de justifier l'ignominie humaine se plongeant chacun dans le malheur et répétant " c'est la vie ".
Non ce n'est pas la vie ! La vie, ce n'est pas ça ! Ce n'est pas la souffrance, la misère ou le malheur ! C'est l'homme qui a perverti l'image de la vie.
Alors non je ne suis pas en train de justifier le malheur... Mais d'excuser les hommes.
Nous nous complaisons dans le malheur... c'est triste à dire mais c'est ainsi. Il a quelque chose de bien connu, presque d'accueillant. De chaleureux.
Mais j'espère vraiment vivre cette sensation que tu avais lors de tes débuts avec shane. J'attends de vivre ce moment, ce sentiment que beaucoup semble connaitre et qui m'est étranger.
Tout comme la présidente de Tourvel qui n'ose prononcer le nom de Valmont. Je n'ose moi aussi parler de mon sentiment.
Mais même si je ne connais pas ce sentiment, ... je comprends la tristesse qu'on peut ressentir à le perdre.
... La conversation devenant trop sérieuse, je me vois de la détourner et de finir sur un de mes remarquables sarcasme bien connu qui me protège de ces moments bien gênant.
Pfiou ! J'ai réussit à finir cette phrase juste avec une virgule !
Voilà le sarcasme : S'il est parti, c'est bien fait pour lui !
Tu es célibataire désormais... C'est triste ... voici mon numéro : 06....
(Dingue que personne n'ai fait cette blague avant moi !)
Très cher K. Devereux,
Je ne sais que répondre à un si beau commentaire... Sinon qu'y ajouter quoique ce soit ne refléterait que mon ignorance face à votre science et votre si riche prose. Je comprends bien tout ce que vous dîtes et j'en suis très agréablement touchée. J'apprécie particulièrement que vous partagiez avec moi l'idée que le laissé-pour-compte ne soit pas condamné à nourrir une grossière aigreur. Je tiens au contraire, autant que faire le peuvent mon corps et mon âme, à ne pas cracher sur ce que j'ai vécu. Il faut reconnaître la beauté là où elle est, même quand elle n'est plus et quelles qu'en soient les circonstances de sa disparition. Comme je l'ai dit dans mon texte, et au risque de me répéter, je préfère très amplement louer la beauté de ce que j'ai vécu pendant 6 années plutôt que cracher sur notre rupture, toute difficile à vivre soit-elle... Dans un geste de désespoir quasi inconscient, j'ai tenté de mettre fin à mes jours... Mais en novice je n'ai pas dû étudier la question de manière assez profonde pour savoir combien de pilules suffiraient à un sommeil définitif... L'ironie du sort a voulu que je m'endorme ridiculement, en loser du suicide que je suis, avant même d'avoir pris assez de somnifères et autres anxiolytiques. Je ne vois pas cet épisode comme malheureux. Si les choses avaient dû être ainsi, alors c'est ainsi qu'elle auraient été... Mais les secours sont arrivés à temps, avant que ma tension n'atteignent le seuil fatidique de 2!
En tout cas, votre commentaire me donne bon espoir pour le futur. Vos paroles me sont douces et l'intelligence que vous y mettez m'apporte une consolation que vous ne pourrez mesurer qu'à l'aune d'une autre plus supérieure, si tant est qu'elle existe... Merci à vous, M. Devereux... Je vous suis infiniment reconnaissante pour vos paroles et elles seront toujours les meilleures venues.
Bien à vous,
Marie
Chère Bérénice,
Merci pour votre commentaire et pour vos beaux encouragements... Je vous les retourne avec sincérité et vous souhaite tout le meilleur dans votre vie...
Avec le plaisir de vous relire,
A très bientôt!
Kléo,
merci pour le lien... Malgré mes visites peu fréquentes ces temps-ci, je n'hésiterai pas très prochainement je l'espère à visiter ton nouveau blog...
ahhhhhhhh Savenow (si je puis t'appeler ainsi!:)),
Quel plaisir (et je pèse mes mots par pudeur) de te retrouver ici!!!
Et ce numéro de téléphone, alors!!!!!!! Pfff... Quel dégonflé tu fais!!! Ah ça, pour jouer la carte du cynisme et du sarcasme, peu t'égalent, mais dès qu'il s'agit d'être un peu sérieux, il n'y a plus personne!!! Je prends bonne note...
Pour rejoindre le sérieux de ton commentaire, je ne regrette pas d'avoir vécu ce que j'ai vécu et je te souhaite de le vivre un jour... Mais comme tu l'imagines, plus on grimpe haut, plus la chute est rude quand on loupe une accroche...
Je t'écrirais plus longuement par mail... Promis! Notre jeu de questions-réponses est resté en suspens, je le crains.
En tout cas, je reste très heureuse d'avoir eue de tes nouvelles...
Et merci pour le compliment : une comparaison avec Hemingway vaut tout l'or du monde (la prochaine fois, vise Oscar Wilde et je t'épouse sur-le-champ!!! :))
Bises à toi
Marie
Bonjour Marie,
J'ai commencé plusieurs fois ton texte ( on se tutoie ? ) mais la longueur m'a découragé. Je voulais le lire attentivement, pas en diagonale, pour en dégager l'essence, et pas une idée grossière.
Voilà, j'ai lu !
...
Tu écris parfaitement et décris les choses de manière objective, tout en cernant et racontant ce qui pourrait être subjectif. L'idée que je me fais de votre relation n'est pas idyllique et le recul d'un tiers sans être objectif est moins noyé dans les détails troublants...
Shane est un personnage dans l'image et dans le rôle de soi, égoïste et intéressé. Il a du se servir de ton sentiment pour nourrir le sien. Malheureusement.
Détester l'alcoolisme pour se jeter dans la drogue n'est pas le moindre de ses contradictions, je pense. Tu as du mesurer et encaisser nombre de ses injustices, je suppose...
Certains amours sont batis sur une adhésion mutuelle des corps, et le jeu de rôle qui s'ensuit. Les yeux prêtent ensuite le renvoi de son miroir et difficile de cerner le vrai du faux quand on est dans l'histoire.
La chute est plus dure à digérer, car contredisant tous ces sentiments présumés et le vécu de tous les instants partagés...On ne sait plus où on en est, tant il y a de mensonges qui s'étalent au grand jour. Comme dans un mauvais roman policier où en reprenant tout depuis le début, on s'aperçoit de la mauvaise blague et de sa bétise...
Voilà, Marie. Je crois que l'amour c'est plus qu'une démarche, une montée d'escalator ou un tenu de cigarettes comme au Cinéma. La maturité a du t'apprendre à discerner le vrai du faux, le sentiment fort à celui de pacotille...
On s'accroche à ses souvenirs, mais le plus bel amour c'est toujours le dernier, j'espère que tu es dedans.
Bisous...
Jack
PS: Je sais bien que ce récit s'inscrit dans ta vie, et que j'ai lu quelques pans il ya peu. Je t'ai répondu en faisant abstraction de certains évènements ultérieurs...
Ce texte m'a énormément touché...
J'en profite aussi pour te dire que tu peins admirablement bien.
Voilà, je ne sais que dire de plus.
Tu as enormement de talent .
Sois amoureuse de toi .
Je viens de relire ce texte... Certes plus tout a fait dans le même état d'esprit. Je le comprends mieux à présent.
J'espère très sincèrement ne pas passer par les mêmes moments que toi... Comment ? Ce n''est pas gentil de dire ça ?
Ouf ! Ma réputation est sauve alors !
Oui, le mauvais garçon de la toile ressemble à un hibou.
Le lien ? Y'en a pas, c'est juste pour voir si vous suivez un peu ce que j'écris bande de plouc !
Plus sérieusement (je sais que c'est dur d'etre sérieux après ma phrase précédente mais je me dois d'essayer), ce qu'il y a de plus "douloureux" au fond à lire, c'est que tu as enterré le fameux "et si... "
Ne vois tu vraiment plus de futur avec ton prince du rosbif ? Dans ton texte tu limite cette éventualité à la confiance qu'il a perdu et qu'il ne récupérera sans doute jamais.
Mais les anglais sont des vicieux, ont a tous encore les coups de canons de la bataille de Trafalgar qui résonne en nous...
Alors est ce vraiment si inimaginable ?
Je crois que c'est ça qu'il y a de plus triste... Non pas que perdre son premier amour soit pas déjà une expérience traumatisante en soit...
C'est juste que l'espoir... celui qui est resté étouffé au fond de la boite de Pandore... C'est le perdre qui doit être le plus triste.
Encore une fois, tout cela devient trop sérieux... Et je me dois d'y remédier.
Les deux numéros suivants de mon téléphone sont le "6" et le "2"...
;)
Savenow (quel nom étrange maintenant que j’y pense…),
Ton état d’esprit a-t-il changé depuis ta dernière lecture ? Pourquoi dis-tu que tu comprends mieux ce texte ? :)
« Bande de ploucs » ? C’est étrange, ça ??? Tu parles comme mon cher et tendre ! mdr
Pour répondre à ta question, comme le temps fait bien les choses (et comme il a bien fait les choses vite en l’occurrence !), il est effectivement totalement exclus désormais d’imaginer un quelconque futur avec le prince du roastbeef !!! A moins que tu n’y tiennes réellement (?), je ne ferais aucune espèce d’effort dans ce sens… :) Mon dieu, ce que j’ai envie de rire, tout à coup ! Pourquoi ce que je viens de dire est-il si drôle ? Je m’étonnerais toujours moi-même !!!
En tout cas pour redevenir sérieuse (mais ne l’ai-je pas précédemment été, même en filigrane ?), je me suis rendue compte que je n’ai pas été heureuse ces dernières années. Alors ma réponse est toute trouvée. Et puis je vis aujourd’hui quelque chose de nouveau, de beau, avec quelqu’un d’exceptionnel. Ca fait un bien fou… C’est un vrai plouc, mais il est tellement chou !!! :)
Voilà… Sinon, ben avec le « 06 », eh bien je note quand même les deux numéros suivants de ton téléphone. On sait jamais. Il paraît qu’il ne faut jamais compter sur les ploucs !!! mdr
;)
SONNET XXXIX FOR KATIE
I went downtown, saw Katie in the nude
on Common Avenue, detracted soltitude
as it were, like a dream-state rosely hued,
like no one else could see her; DAMN! I phewed;
was reciprokelly then, thank heaven, viewed,
bestowed unique hard-on! but NOT eschewed,
contrair-ee-lee, she took a somewhat rude
'n readidy attude of Sex Prelude; it BREWED!
And for a start, i hiccuped "Hi!", imbued
with Moooood! She toodledooed: "How queued
your awe-full specie-ally-tee, Sir Lewd,
to prove (alas!), to have me finely screwed,
and hopef'lly afterwards beloved, wooed,
alive, huh? Don't you even DO it, Duu-uuude!"
My English Poetry Blog
N'est-que pas que la solitude elle-mème eveille quelque attente fébrile? Voici l'entrée, vide, discrètetement illuminée comme une musée nocturne – la terasse, avec ses torchères ondoyantes par un soir d'Avent étrangement doux – laissant le vestibule et les murmures de voix – la chambre immaculée immaculée et la musique de danse derrière le mur – et le bar à cocktails mondains – le bassin où le nageur s'entrâine, longeur après longeur, il en n'a jamais assez, il doit y mettre de sien – enfin, tournant vers le haut au coin du sombre couloir vient la fille noire et pâle, altière, déterminée et de style épuré, ainsi qu'un moderne avion de chasse suédois.
Poétudes
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Exit time. Las chicas dejan el espejo de bar
dormindose en sus corazónes de alta traícion.
El Señor no levanta. Él pastorea a sus pies
los presuntos compradores. Y nos bendice.
My spanish poetry blog
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Consider Sex and time, procreation, reincarnation. Trigonometry! I envisage the time axis as the repetitive tangens function. Do you see what I mean? What can be tentatively derived from this notion? Clue: orgasm AND birth pangs at tan 0.
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You are very welcome to promote your blog on mine. They are well frequented, so there's mutual benefit.
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